Désenclaver la connaissance, au Nord comme au Sud :
Lutter contre l’« enclosure » du savoir dans les pays du Nord :
Il s’agit d’assurer l’accès de tous à l’éducation et à la formation tout au long de la vie. En matière de formation initiale, la France est plutôt bien placée selon les indicateurs de l’OCDE. Mais il y a deux problèmes à résoudre : l’échec scolaire et l’insuffisance de l’apprentissage collectif. L’insertion professionnelle des jeunes ne fonctionne pas de manière satisfaisante. L’on constate ainsi un taux d’échec élevé au cours du premier cyclé universitaire. Actuellement, 50 % des étudiants se trouvent en situation d’échec au terme de la première année d’université.
L’une des principales causes est le dualisme typiquement français entre les universités et les grandes écoles. Sur les 4 300 établissements d’enseignement supérieur recensés en France, 43 % n’ont pas de statut public. Parmi eux, les « grandes écoles » et une myriade d’établissements un peu moins prestigieux qui jouissent d’un statut privilégié. Ces grandes écoles pratiquent une sélection des élites et reçoivent les moyens les plus élevés, ce qui pénalise la masse des étudiants et accroît les inégalités d’accès au savoir. Ainsi, dans les grandes écoles, le coût par élève est de 20 000 euros environ pour seulement près de 5 000 euros dans les universités.
Comme l’explique Pierre Veltz dans Faut-il sauver les grandes écoles?, tout en formant des diplômés de grande qualité en sciences, ces grandes écoles présentent aussi de graves inconvénients pour l’économie et la société française. En pratiquant une hypersélectivité sociale, elles ne permettent pas d’élargir la base de diffusion des connaissances et le renouvellement des cadres et des ingénieurs. Cette sélectivité sans égale ne les empêche pas de ne pas être à dimension internationale : avec leurs promotions de cent à quatre cents ingénieurs, elles souffrent d’un problème de masse critique en matière de recherche. Ces trop petites « grandes écoles » demeurent des inconnues à l’étranger. Résultat, la France est absente du circuit de plus en plus mondialisé qu’est la formation des élites scientifiques, techniques et même politiques.
Bien sûr, le dualisme grandes écoles/universités est présent sous des formes diverses dans les autrès pays développés. Mais, en France, la politique de l’État, supposée réduire les inégalités, joue un rôle actif dans l’organisation de ce système. Sortir de cette situation malsaine impliquerait d’affecter des moyens similaires aux universités et aux grandes écoles, tout en exigeant des universités les mêmes niveaux d’enseignement. Évidemment, il ne faut pas laisser sur le côté les étudiants qui ne seraient pas acceptés dans les premiers cycles universitaires. L’on pourrait, par exemple, proposer d’orienter les bacs professionnels vers les IUT qui auraient obligation de les accueillir, alors qu’actuellement ces étudiants vont vers les universités et connaissent un taux d’échec élevé en premier cycle.
La dimension collective de la création et de l’acquisition des connaissances est également mal prise en compte par les systèmes de formation. L’on ne crée pas des connaissances seul, mais en interaction avec les autres. Un apprentissage du travail en groupe dès le plus jeune âge est donc nécessaire ; or les dispositifs actuels d’évaluation individuelle vont à l’encontre de l’apprentissage collectif. Car une économie mettant en place des dispositifs collaboratifs conforte son insertion dans l’économie du savoir. Outre les critères de qualité individuelle, dans les méthodes d’évaluation et de sélection, il convient donc de donner un poids bien plus important aux capacités de collaboration collective dans l’enseignement.
Priorité aux aides publiques aux personnes et aux territoires :
Si l’on veut favoriser le développement de l’économie du savoir, il importe de concentrer les efforts sur les personnes plutôt que vers les entreprises. Une caractéristique essentielle du savoir est en effet que celui-ci est « incorporé » à l’être humain. Depuis trop longtemps en France, les aides publiques sont quasi exclusivement ciblées sur les entreprises, que ce soient celles de l’État central ou celles des collectivités locales qui cherchent à les attirer pour favoriser les créations d’emploi.
Mais l’État ne peut savoir a priori si les entreprises qui vont être attirées ont vocation à un ancrage territorial, ou si elles développent des stratégies de nomadisme, voire de volatilité territoriale. Pire, la politique de subvention aux entreprises attire en général des entreprises nomades ou volatiles, que nous avons qualifiées de « tayloriennes flexibles ». En fait, les entreprises attirées par les aides ont une faible pérennité de localisation. Très performantes dans la maîtrise de la logistique et le marketing, elles peuvent concilier la délocalisation dans les pays à bas salaires et la réponse rapide aux fluctuations de la demande sur les marchés européens. Les aides en poche, elles quittent le territoire à l’approche de la fin de la période d’exonération des charges sociales ou fiscales.
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