Créer un environnement économique et financier favorable à l'accumulation du savoir :
L’une des raisons du retard de l’Europe est la relative faiblesse de l’effort de R&D dans le secteur privé : l’intensité de la recherche, c’est-à-dire la dépense de R&D ramenée au chiffre d’affaires, s’élevait en 2007 à 2,7 %, contre 4,5 % aux États-Unis. Une évolution à mettre en rapport avec celle, orientée à la baisse, du taux d’investissement global (FBCF) dans les pays européens. L’on peut également relier le manque de dynamisme de l’investissement en Europe à la faiblesse relative du taux de croissance du PIB par rapport aux États-Unis.
Les comparaisons avec les pays émergents, la Chine en particulier, sont également très parlantes : en dépit de la crise, ces pays connaissent une croissance économique forte, avec des taux d’investissement beaucoup plus importants et une progression spectaculaire de l’effort de recherche.
Comment expliquer cette situation ? L’investissement en capital fixe et immatériel (R&D) « ne se décrète pas ». Il est en grande partie déterminé par l’environnement économique et par la croissance anticipée dans le futur. L’insuffisance de l’investissement en Europe provient en grande partie du fait que l’environnement économique y a été peu porteur au cours de la dernière décennie. Des politiques économiques trop restrictives ont certainement contribué à déprimer la croissance dans l’UE. Le décrochage de l’investissement en Europe coïncide avec le durcissement des politiques monétaires à partir de la fin des années 1980. Ces dernières ont entraîné une hausse des taux d’intérêt et un ralentissement de la croissance. De même, on peut penser que la politique de régulation budgétaire menée par l’UE dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance (PSC) de 2005 a pesé sur les dépenses publiques en général, et sur celles consacrées à la R&D en particulier.
En second lieu, la logique du capitalisme « actionnarial » pose problème en matière d’investissement. Des économistes ont souligné le paradoxe suivant, particulièrement frappant en Europe : au moment où les entreprises accumulent des profits considérables et où le capitalisme n’a jamais été aussi prospère, celui-ci est sans projet pour l’avenir. Plutôt que d’investir dans le futur, les entreprises préfèrent redistribuer massivement leurs profits aux actionnaires. Rappelons que celles qui pratiquent les rachats d’actions les plus importants sont celles dont le taux d’investissement est le plus bas. Au total, le fonctionnement du capitalisme financier infirme le fameux « théorème de Schmidt », l’exchancelier allemand, selon lequel « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain, et les emplois d’après-demain »…
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